Laos (2e partie)

 Laos, île de Don Khon

Laos, île de Don Khon

Il est 22h30, je me trouve à Kaikoura, île du Sud de la Nouvelle-Zélande, sur un petit balcon face à l’Océan, l’insigne illuminé « Panorama Motel » à ma gauche et les 4 autres membres de ma famille endormis derrière moi. Impossible d’aller me coucher avant d’avoir posé sur papier les quelques lignes qui me trottent dans la tête.

Tout d’abord, merci de me lire : ça me fait me sentir connectée à quelqu’un de « là-bas », alors que je suis en train de me rechercher dans ce « ici ». Pas toujours évident, des fois. Ce matin, en sirotant mon thé devant le dernier motel (sorte de chambres d’hôtes) à Wellington, j’ai soudain senti des larmes couler sur mes joues. Aucune idée d’où elles sortaient, ni la raison pour laquelle elles étaient là. Mais en y réfléchissant, c’est vrai qu’il y a de la tristesse aussi, à plier bagages à chaque fois, dire au-revoir à un endroit qu’on venait de découvrir, tout quitter sans arrêt, et surtout, sans savoir où nous mèneront nos pas.

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Mais ne t’inquiète pas : je ne vais pas te barber avec mes histoires de cœur. Juste te laisser apercevoir également les sautes d’humeur d’une famille voyageur… Et des sautes d’humeur, il y en a eues, ces derniers jours ! Des moments où mes trois enfants me sortaient par les deux oreilles (surtout lorsqu’il fallait les « entretenir » jusqu’à minuit passé, tellement le décalage horaire était rude à avaler cette fois-ci)… Aussi l’adaptation nécessaire, après avoir passé dix jours en « grand comité » avec nos amis, au Laos, et tout à coup, « POF, plus que nous ». Sans parler du saut réalisé entre l'Asie et un continent à nouveau plus "occidental". Bref, pas évident à gérer, tous ces changements.

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Mais revenons un peu en arrière, sinon, je devrais changer mon titre, car il n’y aurait pas de « 2e partie du Laos ». 

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Avant de te raconter 2-3 choses de notre voyage aux « 4000 îles » (Laos), je vais te concocter un petit cocktail de citations qui m’ont nourrie, durant ce séjour. Elles sont toutes tirées du livre « Voyage et déroute » de Michel Maxime Egger, sous la direction de Lytta Basset (peut-être que ce nom te dit quelque chose). Il s’agit d’un livre qui récolte les écrits de divers auteurs autour du voyage, et notamment de Nicolas Bouvier, poète et écrivain suisse.

 

On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives (…).
— Nicolas Bouvier
Certains partent pour réaliser un rêve, aller voir de leurs propres yeux un paysage imaginé, vérifier sur le terrain un texte ou un film, concrétiser un fantasme suscité par un atlas, un globe terrestre lumineux, des noms sucrés, mystérieux et pleins de promesses : Savannaketh (petite parenthèse de moi : c’est DANS CETTE VILLE que j’ai lu cette phrase ! J’adore ces petites coïncidences ! Je referme la parenthèse, désolée), Zanzibar, Pondichéry, Honolulu…(…)

D’autres encore, éternels passagers (plus ou moins clandestins) de l’existence, font du départ toujours recommencé une porte indéfiniment réouverte sur tous les possibles. La pérégrination est leur mode d’être au monde, l’entre-deux du voyage le lieu même de leur vie.
— Michel Maxime Egger
Le monde est un livre dont on n’a lu que la première page si l’on n’a pas quitté son pays.
— Paul Morand
Le voyageur est prêt à limer sa cervelle contre celle d’autrui.
— Montaigne
Le monde ne s’ouvre vraiment à nous que si nous nous ouvrons au monde.
— Michel Maxime Egger

Et une dernière citation de Nicolas Bouvier, non pas que je m’identifie avec ce qu’il dit, mais parce que ça m’a fait sourire :

Baiser me manque, ne me manque pas tant dans les couilles que dans le cœur. Baiser est un exercice du cœur.
— (Ecrit en 1955, dans un snack-bar goanais)
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 Voici mon petit cocktail de phrases inspirantes. J’espère qu’elles t’ont plu aussi. Sur ce, je vais aller me coucher - je continuerai demain ! Bonne nuit !

 Voilà, 6h25, je suis de retour, et j’ai de la peine à garder mes yeux sur l’écran, tant la beauté de l’Océan me captive. Mais grâce à mes cours de dactylo, je peux écrire en absorbant cette immensité par le regard !  Autre élément perturbateur : une mouette qui vient quêter les restes de notre souper de hier, et qui pousse des cris bien stridents pour mes oreilles qui viennent de se réveiller…

 Océan à Kaikoura (Nouvelle-Zélande)

Océan à Kaikoura (Nouvelle-Zélande)

J’essaie de t’imaginer de ton côté du globe, un dimanche soir à 18h30, toujours en w-e, alors que chez nous, il est lundi matin – la nouvelle semaine a démarré. Ça n’arrêtera jamais de me fasciner, je crois.

 

Mais revenons à nos moutons : je t’avais promis quelques pépites d’or de notre temps au Laos. La première, c’est celle que le petit Marcel nous rappelle quasiment au quotidien, tellement ça l’a marqué. Je te la raconte avec ses termes à lui : « Eléphant voir ! Mangé bananes ! Bädele ! » (= prendre son bain).

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Moment magique à découvrir cet animal tendre à la peau rugueuse (cette fois, je sais de quoi je parle), et dans son milieu d’habitat naturel. Le monsieur qui s’occupait des éléphants disait que pour lui, cet animal était son « true love » (vrai amour), et on voyait qu’il les traitait ainsi.

 

Autre moment touchant pour moi : Nouvel-An, avec nos amis, plus des amis à nos amis. Soirée magnifique, sous la lune et les palmiers, à danser et chanter avec les enfants « ça fait rire les oiseaux » (je l’ai nommée « ma chanson 2018 » : va écouter, ça te donnera la pêche !).

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Mais ce qui m’a le plus marquée, c’est quelques heures plus tard, dans ma chambre de « guesthouse » : j’avais été réveillée par les pleurs d’un enfant dans la chambre à côté. Ces pleurs ne cessaient pas et l’enfant paraissait de plus en plus dans la détresse. Personne pour le calmer, le rassurer. J’en ai déduit que les parents devaient être encore à la fête qui se déroulait à la réception. Impossible de me rendormir, mais je ne savais pas quoi faire. L’idée d’aller frapper à sa porte et de lui parler en anglais m’a traversé l’esprit, mais je suppose que ça l’aurait encore plus traumatisé. J’ai donc fait la seule chose que je sais faire dans ce genre de situation : prier. J’ai demandé à Celui qui sait calmer les tempêtes de venir calmer ce cœur angoissé, d’apporter Sa paix et Sa consolation. Le résultat m’a donné la chair de poule : les pleurs ont cessé à la seconde même ! J’ai vécu cette expérience comme un vrai encouragement à me tourner davantage vers la prière, et vers Celui qui peut aller dans les endroits où il m’est impossible d’y aller moi-même.

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Et le dernier moment croustillant que je te partage : notre tour en pirogue sur le Mékong (un autre nouveau mot préféré à Marcel : « MéKONG MéKONG ! ») pour se rendre à Don Khon, notre île, parmi les 4000. Coucher de soleil à notre droite, et peu après, le lever de la lune (quasi pleine), à notre gauche, avec les reflets sur l’eau.

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Si tu fais partie des gens qui m’ont dit, avant le départ, que c’était courageux de partir avec nos 3 enfants, et bien, ce genre de moment fait largement pencher la balance dans le positif : c’est déjà incroyable, de vivre ce genre de situation lorsqu’on est seul, encore mieux si on est à deux, mais t’imagine, ce bonheur partagé à 5 ?

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Je réalise la valeur et l’importance de notre « banque de souvenirs en famille ». De quoi nos enfants se souviendront-ils, lorsqu’ils seront grands ? Que l’on se trouve bien chez soi, ou à l’autre bout du monde : sachons vivre et transmettre l’amour de la beauté autour de nous !

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Pour ne pas rallonger cet article, je laisse la partie « Nouvelle-Zélande » pour le prochain épisode. Juste pour te situer les grandes lignes : nous avons atterri dimanche passé (le 7) à Aukland, île du Nord, y avons loué une voiture et commencé notre périple vers le Sud. Hier, nous avons pris le bateau (style Corsica Ferries, en références européennes) pour rejoindre l’île du Sud. Nous espérons en faire le tour en 12 jours, soit environ 3000 km.

 Dans le prochain article, je vais te décrire notre premier coup de cœur, notre premier Kiwi (non pas le fruit, ni l’oiseau – juste un habitant de Nouvelle-Zélande) : Ted ! Mais je ne t’en dis pas plus pour l’instant