Vie de gitans

“VIVRE MA VIE COMME UN GITAN -
VIVRE MA VIE COMME JE L’ENTENDS …” 

 Ces paroles chantées par Garou, de sa voix rauque et plaintive que j’adore, ont souvent tourné en boucle dans ma tête durant ces dernières semaines. Cependant, au lieu d’y voir flotter le drapeau de liberté comme le chanteur l’insinue, je finissais souvent sa phrase par : “c’est astreignant !” ou “ça va, pour un temps !”.  

Je sais que dans mon dernier article, je t’avais promis de te parler de la conférence pour femmes que j’avais aidée à mettre sur pied, ainsi que d’autres éléments de ma vie sur le bateau. Permets-moi de procrastiner encore un peu et de t’en parler une autre fois. En effet, nous venons de vivre 2 mois dans une espèce de parenthèse où nous devions déserter le bateau en raison de sa période de maintenance. Au lieu de rentrer en Suisse, nous avons opté pour rester dans les parages de Madagascar et de l’Afrique du Sud - un peu en mode “gitans”.

Pour t’expliquer dans les grandes lignes notre expérience depuis Noël, voici les faits : nous sommes partis le 26 décembre du bateau pour aller passer 3 semaines à La Réunion, puis nous avons passé 3 semaines à l’Ile Maurice. Ensuite, départ direction Cape Town (Afrique du Sud), pour 10 jours – dont 3 passés en montagne avec un couple d’amis rencontré sur le bateau. Nous voici à Durban depuis 2 semaines où nous attendons que le bateau soit prêt pour retourner à Madagascar (fin avril). 

Concrètement, je n’ai toujours pas pris la peine de ranger ma trousse de toilette : depuis Noël, je suis “en voyage”.  

Dans son livre “Entre deux royaumes” que j’ai dévoré durant ce temps, Suleika Jaouad mentionne que lorsqu’on voyage, on vit en réalité 3 voyages : tout d’abord, celui que nous faisons avant de partir, dans notre tête, grâce à notre imagination. Ensuite, celui que nous faisons en temps réel, les expériences que nous vivons en direct. Puis, en dernier, celui que nous garderons en souvenir après l’expérience. L'encouragement qui suit cette prise de conscience est de garder ces 3 voyages bien séparés, chacun dans sa catégorie, afin de bénéficier un maximum de son voyage.  

Quant à moi, j’ai réalisé que j’ai vécu surtout 2 voyages durant ces mois de vie nomade : un voyage extérieur et un voyage intérieur.  

Le premier est celui qui est visible, que l’on peut montrer grâce à des photos, raconter en parlant des excursions que l’on a faites, ou expliquer en pointant du doigt l’atlas.

Le deuxième, celui qui s’est déroulé à l’intérieur, est plus subtil à décrire. Et surtout, comme j’en ai fait l’expérience, il semble totalement indépendant du voyage extérieur, autrement dit, du décor dans lequel on se trouve.  

Ainsi, je peux sans trop de peine te raconter le 1er voyage, celui de l’extérieur : les plages paradisiaques que nous avons eu le privilège de découvrir, les poissons et coraux de toutes les couleurs qu’on a admirés dans l’eau turquoise, les marches dans les collines et vallons escarpés, la visite de Robben Island (où le président Nelson Mandela avait passé 18 sur ses 27 années de prison), les paysages féériques que nous avons sillonnés, les grottes foisonnant de chauves-souris explorées à la lampe de poche, l’accomplissement de mon rêve d’enfant lorsque j’ai nagé tout près d’un dauphin en liberté - dans le bleu indigo des fonds marins, les palmiers omniprésents avec leurs noix de cocos sirotés dans le sable blanc, le fait que Jules ait appris à nager à l’Ile Maurice, les chutes d’eau vertigineuses à la Réunion et les innombrables couchers de soleil sur l’océan, suivis de ciels étoilés majestueux. Vraiment, j’ai l’impression que nous avons tutoyé la beauté du monde… Sans mentionner le bonheur de vivre tout cela en famille – avec les 5 êtres que j’aime le plus au monde ! En anglais, on dirait que c’était simplement “mind blowing” - à couper le souffle. Je me considère tellement privilégiée d’avoir eu la chance de vivre tout cela.

Quant à mon voyage intérieur, c’est une tout autre histoire. Je vais tenter de te décrire le tableau sur lequel le voyage extérieur est venu se poser - une toile bien sombre par endroits. Si tu veux skipper les prochains paragraphes, je ne t’en voudrais pas... 

Deux jours avant de quitter le bateau, le 24 décembre, j’ai reçu un message de ma soeur qui nous informait que l’état de ma Maman s’est passablement dégradé et qu’il fallait éventuellement s’attendre à ce que ça soit la fin. Tout de suite, nous avons étudié les différentes options pour rentrer en Suisse. L’état de ma Maman s’étant à nouveau stabilisé, nous avons continué notre itinéraire comme prévu, mais avec cette épée de Damoclès bien présente dans nos pensées. Je l’ai vécu comme un vrai cadeau de la Vie que nous n’ayons pas eu à rentrer d’urgence. J’ai vécu chaque étape du voyage en invitant ma chère Maman à “voir ce que je voyais” au travers de mes yeux. Elle qui adorait voyager, découvrir... J’ai versé plusieurs fois des larmes, en me disant à quel point j’aurais aimé qu’elle soit avec nous.  

La semaine dernière, lundi, j’ai ressenti le besoin de lui écrire une lettre. En suisse-allemand, notre langue depuis toujours, je lui ai fait part sans fioritures que je la laissais s’en aller. Qu’elle avait le droit de partir. Je lui ai dit Merci pour tout l’amour qu’elle m’a donné depuis que j’avais commencé à pousser dans son ventre. Mardi soir, le lendemain donc, l’EMS a contacté mon frère pour dire qu’elle ne respirait plus très bien et qu’ils l’avaient mise sous oxygène. Il s’est rendu sur place immédiatement - et il a pu lui tenir le téléphone afin que je lui lise ma lettre. On s’attendait tous à un départ cette nuit-là. Apparemment, ce n’était toujours pas son heure : mercredi matin, elle semblait respirer à nouveau tout bien, elle a pris son petit-déjeuner et ils ont même pu la doucher... Pas faciles, ces montagnes russes émotionnelles. 

Ensuite, il y a eu le drame de Crans-Montana où le fils (et petit-fils, et neveu) de nos amis a été grièvement blessé - il est actuellement à Leipzig, et nous recevons tous les jours les nouvelles de son état. Les progrès sont extrêmement lents et sa famille entière se mobilise dans un combat quotidien à ses côtés pour la (sur)vie. Je sais que les médias en Suisse ont beaucoup parlé des suites de ce malheur - toute la nation étant sous le choc d’un drame aussi violent. Je ne tiens pas à en rajouter une couche, si toi aussi tu as subi ces nouvelles d’une manière un peu traumatisante. Mais pour nous, à l’autre bout du monde, c’était important de nous connecter à ce que nos compatriotes vivaient – et c’est donc avec nos 4 enfants que nous avons choisi de regarder en direct la cérémonie d’hommage aux victimes le 9 janvier et vécu la minute de silence avec vous tous. Le petit clin d’oeil glauque de cette étape du voyage était que le Airbnb dans lequel nous logions alors s’appelait “Constellation” - même nom que le bar dans lequel la tragédie s’est produite... 

Le soir du 10 février, un autre coup dur s’est abattu, cette fois sur nos proches à Madagascar. Nous étions à Cape Town, bien à l’abri dans un petit “cottage” (chalet) sur une colline, à entendre le joli bruit de la pluie sur le toit durant toute la nuit – et nous savions que nos amis à Madagascar étaient en train de lutter pour leur survie. Nous recevions en direct des nouvelles des proches de là-bas, à l’approche du cyclone Gezani. Celui-ci a fait rage toute le nuit et a dévasté la ville entière sur son passage. Sentiment douloureux de notre impuissance… Petite parenthèse : le nouveau président (tu te rappelles, je t’avais parlé de lui dans cet article - son surnom est l’“incorruptible Colonel”) semble tenir sa promesse d’être un bon président : en entendant les prévisions météorologiques, il s’est précipité dans un avion depuis Tana (Antananarivo : la capitale) et s’est rendu sur place, à Toamasina, la veille du drame pour vivre cette épreuve avec son peuple. Chapeau !

Le bilan des dégâts est lourd : 75-80% des maisons ont été détruites durant cette nuit, laissant le même pourcentage de la population à la rue. Plus de toit sur la tête, plus d’eau courante, plus d’électricité en vue pour les semaines à venir – et ceci, pour des centaines de milliers de personnes... Terrible.    

Un autre poids que j’ai ressenti lourdement durant notre “island hopping” (“sautillement d’îles en îles”) est le passé lié à l’esclavage dans ces endroits. Etant relativement protégé de la réalité de ces horreurs sur notre bateau à Madagascar, cela m’a soudainement sauté aux yeux après notre visite du musée du sucre, à l’Ile Maurice. A partir de ce jour, je ne voyais plus les champs de cannes à sucre du même oeil – et on les voyait partout, à perte de vue... L’idée que les personnes indigènes aient payé de leur sang les magnifiques richesses coloniales bien visibles me retournait le bide – surtout que je suis une bénéficiaire de ces richesses aujourd’hui, en me baladant tranquillement d’Airbnb en Airbnb avec ma jolie petite famille unie. Je n’oublierai jamais le regard d’incompréhension totale de Jules (6 ans) au musée, quand j’ai dû lui expliquer les images des esclaves empilés dans les bateaux pour être déportés loin de leurs familles. Son exclamation dégoûtée m’a déchiré le coeur : “MAIS !!???!! C’est MECHANT !?!!!”

Comment lui faire comprendre que oui, l’être humain est capable d’une telle cruauté... Et comment se pardonner qu’on appartient à la couleur de peau qui a fait subir ces horreurs à nos frères humains ? 

Pour bien gratiner encore un peu tous ces conflits intérieurs, c’est durant ces semaines de voyage également que nous avons commencé à parler du futur avec Jérémie – des possibilités de jobs à notre retour, etc. De mon côté, j’avais espéré retrouver sans trop de difficultés un poste d’enseignante dans mon ancien établissement - ce qui ne semble pas être le cas, tous les postes étant pourvus. Jérémie se verrait retourner à l’ORS (avec les réfugiés), mais n’a pas reçu de suite à sa postulation. Bref – bien quelques occasions pour nous de ressentir le poids de l’incertitude quant à l’avenir. Bien quelques occasions aussi pour se lancer des pics et accabler l’autre de l’angoisse qui rôde dans nos tripes... 

Au milieu de tout cela, nous avions décidé de faire un peu d’école à la maison durant les matinées, afin que nos enfants rattrapent au moins un minimum de l’allemand et du français qu’ils auront manqué durant ces deux ans. Pas toujours évident de les motiver à s’asseoir à une table, à sortir leur plumier et à bosser – alors que tout faisait penser à un cadre de vacances autour de nous. Jules a été particulièrement féroce dans sa manière de démontrer son mécontentement - et cela a souvent envahi toute l’ambiance familiale.  

Pour mon côté introverti, cela a souvent été dur aussi d’être entourée 24h sur 24 par toutes ces personnes - même si je les chéris de tout mon cœur ! Je me languissais du retour à l’école de mes enfants et du retour au boulot de mon homme – pour que j’aie au moins quelques heures de solitude par jour. 

Et là, on en vient à la cerise sur le gâteau - à ce qui m’a pesé encore plus que toutes ces choses mentionnées ci-dessus réunies : mon sentiment de culpabilité... D’une part, je culpabilisais parce qu’on était tout à coup en train de vivre de simples “vacances”, à nous dorer la pilule, alors que notre projet de base, avec Mercy Ships, était de faire de l’humanitaire. En plus, on se sentait coupables de vivre notre “best life”, alors que nos days crews venaient de tout perdre. Eux qui vivaient déjà avec presque rien... Et finalement, je m’en voulais de ne pas être capable de profiter simplement de cet immense cadeau de la vie ! Même en écrivant cet article, je me dis encore comme c’est dommage de ne pas avoir réussi à savourer pleinement cette chance incroyable que j’avais, de vivre ce rêve de 8 semaines de vacances en famille. Franchement, quand est-ce que ce genre d’occasion se présente à soi ? Et moi, au lieu de nager dans le bonheur du matin au soir, je luttais contre des sentiments dépressifs - contre une fatigue immense qui menaçait à tout moment de me submerger…

Même si j’arrive aujourd’hui à rationaliser en me disant que oui, il y avait beaucoup – et que oui, c’est fatiguant de refaire et défaire les bagages constamment, d’apprendre à fonctionner dans de nouveaux lieux à chaque fois (nous avons logé dans 9 endroits différents en 8 semaines), de veiller sur les besoins de chaque membre de la famille au milieu de toutes ces transitions, de gérer des gastros et autres petits microbes quand on n’est pas chez soi, etc.. je reste avec cet arrière-goût un peu amer dans le cœur de “quand-même, j’aurais pu faire mieux...”.  

L’occasion pour moi de me regarder en face, de reconnaître mes failles, mes zones d’ombres, mes faiblesses. Et de m’appuyer, une fois de plus, sur la solide promesse que SA grâce me suffit – et que “c’est dans ma faiblesse que s’accomplit SA puissance.” J’ai rarement eu autant besoin de cette vérité et c’est elle qui me tient la tête au-dessus de l’eau en ce moment encore.  

Je ne sais pas ce que tu traverses de ton côté - ou les passages difficiles que tu as affrontés dans ta vie jusqu’ici. Mais laisse-moi t’encourager par cette réalité que j’ai expérimentée dans mon corps et mon cœur ces dernières semaines : tu n’as pas besoin d’être fort.e par toi-même. Tu peux vraiment te laisser tomber dans les bras de Celui qui te connaît mieux que tu te connais toi-même. Celui qui t’aime - qui t’aime plus que tu ne pourrais jamais t’aimer toi-même. Celui qui veut prendre soin de chacun de tes besoins. Celui qui pourvoit. Celui qui nous promet qu’Il sera avec nous – jusqu'à la fin du monde.

Comme nous le rappelle cette belle citation de Paul Claudel – citation que mon Papa avait recopiée sur un post-it et collée sur le miroir de la salle de bain durant les dernières années de sa vie :  

 Pour terminer cet article sur une touche plus légère, voici les éclaircies que le Ciel m’a accordées durant notre périple :  

 

  • Les animaux ! Comme ils nous avaient manqué, durant les 18 derniers mois sur Mercy Ships !!! On a fait le plein de chats, de chiens, de chevaux, d’oiseaux, de poissons, de dauphins, de pingouins, d’autruches, d’antilopes, de girafes, de tortues, de zèbres, de damans, de phoques, de babouins et d’autres singes ! Un pur bonheur ! (Sauf la fois où je me suis réveillée avec un gros singe qui me dévisageais sur la commode en face du lit, dans notre chambre à coucher… Là, c’était le choc, plutôt !)

 

  • Les moments de méditations en famille : on a tenu un rituel de 20 minutes par jour – souvent lorsqu’on roulait en voiture - à écouter une méditation (“lectio 365 for families”) et à discuter de la “Question du jour” ensemble. Nous avons aussi appris par cœur un verset biblique par semaine. 

 

  • Le rituel de “moment de créativité” : inspirés par le “100 day project” décrit dans le livre déjà mentionné “Entre deux royaumes”, nous avons chacun choisi une activité personnelle à poursuivre au minimum 10 minutes par jour. Pour ma part, c’était le ukulele. Jérémie a choisi de faire 10 min de musculation au quotidien. Les garçons, des jeux de ballons. (La question de la créativité du sport se pose, je sais...😊 ) Sophie a construit des villes entières avec ses Legos Friends et Jeanne a commencé à apprendre la langue des signes. Nous y avons accordé fidèlement notre attention pendant 50 jours, et le résultat est très satisfaisant ! (Perso, je continue à pratiquer mon ukulele tous les jours, tellement j’y ai pris goût !) 

  • Les échanges de vocaux avec ma chère soeur… une fois de plus, elle a su trouver les mots pour m’encourager et m’accompagner au travers de chacun de ces tunnels ! Merci Annette pour tout ton amour, ta sagesse et ton expérience de vie. Tu as vraiment fait toute la différence… Tu mérites une bonne bouteille de “Heldenblut” ! ;-)

 

  • Les moments passés avec Alain (que je t’ai présenté dans cet article) et sa ravissante petite famille ! Ils nous ont invité chez eux, nous ont gâtés par un délicieux repas et de jolies sorties.  

  • Une rencontre complètement improbable à la plage avec une amie de Bulle (Léna S.) notre premier soir à l’Ile Maurice. Nous ne l’avions plus vue depuis 15 ans - et n’avions aucune idée qu’elle s’était installée dans ce coin de paradis il y a 3 ans ! Quel bonheur, ces retrouvailles !

  • Une autre famille charmante qui nous a ouvert grand leurs bras à l’Ile Maurice, rencontrée lors d’un culte dans une église du coin. Ils nous ont invités dans leur “beach house” un samedi – puis chez eux, un autre jour. Incroyable, cette hospitalité envers des gens de passage comme nous. C’était presque comme “être à la maison”, mais loin de chez nous.

  • La soirée cinéma que nos enfants nous ont organisée : ils avaient pensé à tout ! Jules gérait la caisse - en demandant sur un ton très sérieux : “Bonjour ! Vous avez une REVERSATION ?” Ensuite, il nous donnait le billet avec une place numérotée. Sophie nous a ensuite conduits au stand de Marcel où on pouvait s’acheter un petit snack - et enfin, on a eu droit à un excellent montage vidéo fait par Jeanne (où les 3 autres figuraient comme acteurs) pour faire de la pub pour leur cinéma. Ensuite, ils nous ont projeté “Minecraft Movie”, devant lequel Jérémie et moi avons rapidement succombé au sommeil… Eux avaient l’air enchantés du film !

  • Retrouver tous les “Mercy Shippers” ici à Durban : quel cadeau, d’échanger sur nos diverses expériences. Certains sont rentrés chez eux, d’autres ont testé des formules comme “House-sitting” (où l’on va s’occuper de maisons et d’animaux de compagnie chez des gens durant leur absence), d’autres encore ont passé des semaines chez l’habitant, à Madagascar (avant le cyclone). Tous, nous avons ressenti ce bonheur d’être à nouveau réunis, et de repartir ensemble pour cette nouvelle saison qui s’ouvre devant nous. Nouvelle saison qui sera très courte pour nous, les Valiton, vu que notre aventure Mercy Ships se terminera fin juin. Snif.  Mais nous nous réjouissons bien entendu de rentrer également - et de tous vous retrouver !

 

Voilà - cette fois je te laisse – en te souhaitant une merveilleuse période de printemps ! Et si tu as une expérience similaire que cette histoire de voyage extérieur et intérieur, je serais ravie que tu me la partages !